Carnet de route
Le Turon, tout rond !
Le 09/03/2026 par GUIRAUDIE GUY
Bon, ben on a fini par y arriver à ce refuge ! Parti le matin de Tournaboup sous un ciel gris pluviotant, montrant quand même des signes faiblissants, augurants quelques éclaircies, que néni ! C'est dans la mélasse que nous parviendrons à l'espérée hourquette de Monicot, graal du jour pour accéder au refuge de la Glère, après avoir serpenté dans ce vallon des Coubouts au grès du GPS et autres appli de carto dont Philippe Heinrich détient les secrets ! La pente pour accéder à Monicot est rendue raide par les accumulations de neige devenue dure sous l'assaut du gel, ce qui demandera l'usage des crampons et piolet, pour Philippe et moi-même, afin d'aider et sécuriser les personnes moins rassurées. L'occasion pour Thierry et Laure de parfaire leur technique de conversion. De l'autre côté la visibilité est aussi nulle, la descente sera sans canne blanche, à tâtons dans ce jour blanc où faire la trace devient un jeu de devinettes. Nathalie en fera les frais en percutant une congère. Jean portera avec galanterie son sac pour finir la descente, (quand on prend des bocaux de pâté en verre en vivre de courses, on est plus à ça près !). La dernière montée pour rejoindre le refuge se fera dans la douleur, courageusement surmontée par la skieuse de Bayonne. Le genou gauche a encaissé le coup. Il est 17h nous nous installons au refuge, qui porte tellement bien son nom aujourd'hui. L'installation dans le dortoir faite, les affaires mises à sécher au coin du poêle chaud, nous prenons place à une table dédiée pour, quand même, manger, et boire une bière. Certains opterons pour une boisson chaude, il est vrai plus appropriée à la météo. Le repas ingurgité, les épisodes de la journée remémorés, les prévisions du lendemain survolées, nous rejoignons le dortoir pour y trouver sûrement un bon repos. 6h15 pétantes, on se lève. Par réflexe et avant tout autre chose, j'essuie la buée de la fenêtre pour m'assurer du bien fondé des prévisions météo de la veille, effectivement c'est grand beau dehors ! Nous prenons le petit déjeuner, Nathalie nous rejoint dodelinante, aucune amélioration, c'est même pire, il y a aussi la cheville droite en plus du genou gauche. Un héliportage sera nécessaire jusqu'aux urgences à Tarbes, ça me rappelle quelque chose ! Une bonne heure plus tard, après avoir testé nos DVA, que certains appellent encore arva (!), nous partons skis aux pieds pour serpenter sur les premières croupes qui nous imposent des petites montées et descentes, ces dernières étant rendues scabreuses avec les peaux anti-recul sous nos patins. Je mène la danse, tout le monde suit, Aude juste derrière, Phillipe jamais très loin, le groupe s'étire dans le silence du matin. Pour l'instant la trace est évidente. Le lever de soleil sur le massif irise les sommets d'une couleur orangée tandis que nous évoluons dans l'ombre avec des températures négatives (-6 d'après météo France, plutôt - 8 en ressenti sur le terrain). Nous dépassons un trio dont une skieuse paraît avoir des difficultés à la montée, ils n'ont pas mis les couteaux. J'oblique à droite pour faire une trace plus confortable bien qu'en dévers, la neige est bonne, l'accroche excellente, nous progressons rapidement. Bien plus haut, il nous faut rejoindre l'itinéraire prévu qui passe par les lacs de Maniportet et le col de Coume Estrète quittant de ce fait la trace initiale. Le cheminement se fait dans ce large vallon entre lacs et dolines. Quelques haltes pour faire un point avec mon second, grignoter, puis nous arrivons au dessus d'un petit lac qu'il nous faudra rejoindre par une petite descente, je suis monté un peu trop, m'apercevant de là-haut de l'itinéraire plus bas, évident jusqu'au col. Nous traversons le lac et remontons un talweg qui n'est autre que le lit du torrent quand celui-ci coule à la belle saison. Là, il est gavé de neige, et nous montons bien plus sereinement qu'appréhendé, pour rejoindre le col visé. Nous entendons au loin le bruit d'un hélicoptère, sûrement celui demandé pour Nathalie, elle aura pu prendre la correspondance de 10h07 (!), c'est bien pour elle, et nous savons qu'elle est en bonne main. Un groupe de Bordelais, cafiste, nous remercie au passage pour la trace, remerciements retournés plus haut après qu'ils aient taillé la neige dans deux traversées un peu exposées. La montée continue avec une deuxième partie un peu plus raide, et la sortie au col, un jeu de conversions. Le panorama de l'autre côté nous offre une belle vue sur le Pic Long, le Campbielh, et l'Estaragne, plus à l'ouest le Vignemale et le Balaïtous (on dit que lorsque le Balaïtous, le Vignemale s'enrhume !), et au milieu de tout ça le massif du Mont-Perdu nous fait de l'œil ! Une belle traversée nous attend au dessus du col, et c'est dans la trace des Girondins que cette fois-ci je m'engage, plus haut une autre traversée épique, puis nous montons en direction du sommet par une large combe. C'est vers 12h30 que nous arrivons au sommet à 3035 m d'altitude, les Bordelais sont là, ainsi qu'un groupe de raquettistes (!!!), séance shooting, un tour d'horizon à 360° nous permet de repérer tous les sommets repérables et de toujours constater quel belvédère est ce Turon du Néouvielle. Juste un peu plus bas, manière d'être à l'abri de la légère brise qui souffle, nous cassons la croûte, sous l'œil du Néouvielle, peu reconnaissable de ce côté-ci.
Nous amorcons la descente, la neige est trafolée par le vent et par les traces de skieurs, mais elle est agréable sous les skis. Nous basculons vers le glacier de Maniportet, histoire de changer de secteur à la descente, mais là le doute me prend d'être sur une voie sans issue car je ne vois que des barres rocheuses, Phillipe a la même appréhension. Jean est resté au-dessus, je le rejoins et vois en contre bas un large couloir, ça doit passer. Et ça passe, malgré la pente raide, la neige est d'une bonne accroche, un par un les autres ce lancent, chacun son style, chacun ses doutes. Plus bas tout le monde se retrouve, le nez en l'air à contempler l'obstacle franchit avec j'imagine, pour certains, une grande fierté. L'adrénaline passée nous continuons, il s'agit maintenant de larges croupes et petits vallons où la neige donne à tous de bonnes sensations de glisse, les rictus sur les visages en témoignent, l'absence de chutes aussi ! Arrivé à un petit lac nous stoppons la descente, pour ici remettre les peaux, et obliquer vers la Hourquette de Monicot fréquenté la veille. La montée se fait sous le soleil, la petite brise du sommet nous aurait été bien agréable pour supporter la chaleur. Le groupe s'étend, la fatigue s'accumule depuis le matin. Maurice fait remarquer qu'il a pris un coup de vieux, mais le doyen de l'équipe se défend encore très bien. Nous voici donc au point de bascule, les conditions sont bien meilleures que la veille, une pensée pour Nathalie, qui sans ce brouillard serait des notres aujourd'hui. Le versant Est est passé à l'ombre, la neige a regelé, la descente sera moins confortable, il faudra appuyer sur les carres et bloquer les cuisses. Là aussi le style est mis à rude épreuve, peu importe pourvu que le bas du couloir soit atteint sans encombres. Hélène, Laure et Thierry opterons pour le dérapage, Maurice échappera à une glissade en se rétablissant sur ses skis. Philippe et Aude passent sans problèmes, et Jean, fidèle serre-file, envoie du lourd, le sac lesté de bocaux ! Tout le monde se regroupe en bas, et nous voilà parti en direction du col des Coubouts dans une belle descente au milieu de ce vallon dont la beauté était occultée la veille par les brumes. Nous avons la chance d'avoir une très bonne neige pour skier, le champs est large, la pente agréable, le tracé évident, je file devant au rythme des virages, tâchant de ne pas perdre la courbe de niveau et éviter quelques désagréables poussettes. Bientôt nous apercevons le lac et son barrage, et rejoignons le col. Nous enquillons sa descente sur une neige dure qui finira par tétaniser certaines cuisses déjà trop sollicitées, et qui devront tenir pendant la descente en traversée, semée de quelques vieilles coulées d'avalanches, jusqu'au parking plus bas. Congratulations générales pour ce féliciter de ce beau week-end, de ce beau sommet un peu dédié à Nathalie, que nous allons retrouver aux urgences de Tarbes, prendre de ses nouvelles, et lui ramener sa voiture pour qu'elle et son compagnon puissent rentrer à bon port. C'est encore une fois la tête pleine de belles images et de bons moments que nous rentrerons chez nous....
Merci à Hélène, Aude, Laure, Nathalie, Jean, Maurice, Philippe, et Thierry.





