Carnet de route

NUIT ET BROUILLARD A FAYCELLES

Le 23/12/2018 par Yves BOUSSARD

Dimanche 23 Décembre 2018 :

Nuit et Brouillard à Faycelles

 

Non, je ne vais pas vous conter un menu de fête à base de faisselles, même bio!

Non, il ne s’agit pas d’un hommage cinématographique, même si c’est le clap de fin de l’an 2018!

 

Tout simplement, il va être question d’une balade dominicale, simple et de bon goût, concoctée pour une demi-douzaine de Caffeux, Jacques, Alain, Jean-Guy, Pascal, Patrice et Yves, toujours prêts à s’émerveiller et partager, avec cette fois l’objectif de «ne pas forcer», sans pédaler idiot si possible.

 

Donc, puisque la pluie abondante des jours passés nous garantit un causse glissant à souhait, pourquoi ne pas partir sur les traces du circuit du dernier téléthon? Comme le brouillard épais qui nous accompagne dès le rendez-vous ne semble pas prêt de se lever, ceux qui avaient participé à la nocturne ne seront pas dépaysés.

 

Le paysage étant bouché, notre attention se focalise sur les pièges tapis sous les feuilles tandis que notre esprit vagabonde parmi les noms de lieu relevés sur la carte au long de ces 23 km et 526 m de dénivelé. Que nous susurrent donc ces très vieux toponymes qui décrivent le paysage et l’activité de ses habitants, avec l’accent svp, patrimoine à sauvegarder et savourer?

 

Pour ceux qui n’ont pu (voulu?) se lever, en route pour la même tournée en enfourchant cette fois les noms des lieux (toponymes) figurant sur la carte IGN! Bonne rêverie!

 

Puisque tout le monde sait que Faycelles vient de fiscella, diminutif de fiscus (bénéfice en latin, d’où le fisc actuel!), nous ne nous attardons pas sur ce fief de peu d’importance.

Le mas du Castanié rappelle qu’un chataigner y servit de repère (avant remembrement?).

Le mas de Vaur réveille nos origines celtes, puisque bedu (fossé, canal, qui donnera bief) et vobero (ruisseau caché, ravin) se retrouvent dans Vabre, Vaour, Lavaurette, Vaureilles et qu’effectivement nous venons de remonter le long d’un ru qui se jette dans le ruisseau de Toulogne (toul = fossé) qui gagne le Célé (à rapprocher du gaulois Céou, Saône?) en ayant alimenté le moulin de Merlançon (pré-indo-européen merle = ruisseau ).

Fournougal parle de four (à pain, à chaux puisque non loin il y a Cap Blanc, ou d’écobuage?), ou encore à sécher les noix du noyer = noguièr; un peu d’aide SVP.

Le mas de Vinance se rattache par la vigne à la trilogie basique de l’agriculture méditerranéenne (céréales+vigne+olivier).

Le mas de Barrié proclame que la propriété y était matérialisée par un rempart, un fossé.

Le mas de Cavarroc reste précis: il y a un creux dans/sous la roche (voir aussi Roquecave), mais où?

Le mas de Bédorgues fait explicitement référence à la source que nous croisons au début de la remontée, avec le suffixe anicum déformé en argues puis orgues, lui-même diminutif du anum caractéristique de la domination romaine, donc ancienne fondation romaine...

Le mas de La Croix est au croisement de nombreux chemins, toujours signalé par une croix murale.

Le Pech Rougié ne vole pas son nom, vue la pente glaiseuse rouge qui nous ralentit.

Le mas du Pape nous confirme que la combe est bien vaseuse (bien avant les guerres de religion!).

Le mas des Vergnes capte-t-il encore le bruissement des aulnes (verno en gaulois)?

La Teule c’est la tuile! Romaine, en latin = tegula.

La Gamasse, non point «où gamelle tu ramasses» , mais toujours bordé de taillis de petits chênes.

Combe Longue est en effet une longue vallée, occitan issu du gaulois comba, vite traversée.

Complanchillé reste une énigme : où donc se trouve ce petit pont (plancha de palanca) jeté sur une combe? Pur contresens?

Pechigou domine bien, alors où placer le ravin fangeux (en occitan iga) décrit par le nom?

Les Cormières ont dû regorger de Sorbier domestique (rosacée), mais où sont passées les cormes, ses petits fruits appelés aussi poirillons en pays d’oil?

le Pech Favard abritait-il des plantations de fèves, nourriture humaine comme animale, ou bien servait-il d’abri aux pigeons nommés favards en Dordogne, et faviers en Provence?

Lissard et son cheminement en forêt ne rappelle plus guère le défrichement récent du terme latin exsartum, corollaire de terre en friche.

Le mas de Chipparre kézaco ? Je me lance avec l’association de « finis » = limites déformé en chis et « parra » = jardin, enclos ; qui dit mieux ?

Poussard se rattache à l’alliance de potz = puits, avec le suffixe -ard = dur en francique, suffixe substantivant, à valeur augmentative et apportant éventuellement une connotation péjorative, puisqu’on vous le dit !

Le mas de Pompet n’a rien à voir avec des libations alcoolisées, il se niche en effet sur un petit replat = «pompidor» en occitan du versant dominant le Lot.

Lagraville fait référence au gravier latin = grava, j’écarte résolument le souvenir de la fondation d’une hypothétique bastide.

Fenouil nom de multiples plantes herbacées aromatiques ombellifères du latin foeniculum = petit foin, souvent associé à un emplacement de jardin

et encore un petit supplément puisque perce enfin le soleil d'hiver...

Langlade désigne un coin (latin angulus) de terre rendue cultivable

La Valade, dérivé de l’occitan féminin val, idéalement orientée plein sud domine bien les vallées des ruisseaux de Paramelle à l’est et du Castagnal à l’ouest

Les Coustals font honneur à leur origine (costa = montée, pente, versant) par la raideur de la route grimpant jusqu’au château d’eau

La Croix Blanche rappelle que l’ordre des Hospitaliers y était implanté ( la croix rouge étant elle le signe des Templiers); dommage que leur esprit ne perdure plus dans la signalisation routière.

Le mas du Rou proclame qu’on y a trouvé le chêne rouvre (latin robur) et non le chêne pédonculé (celtique cassano) ou kermès (garric issu de l’indo-européen kar)…

 

Et voilà comment faire 23 km et 526 m de dénivelé au gré de termes cueillis ou glanés dans un bout de notre occitanie lotoise, au fil des traces de nos crampons, sans même sortir de sa baignoire!

Comme on rigole (ici, prière de ne plus tenter de faire le lien avec le gaulois bedu) plus en équipe, merci aux éminents linguistes , sociolinguistes, ethnolinguistes, dialectologues ou onomasticiens qui m’ont inspiré par leurs savants ouvrages, notamment :

 

- André PEGORIER ,et son incontournable glossaire des noms de lieux: http://education.ign.fr/sites/all/files/glossaire_noms_lieux.pdf

- Gaston et Jacqueline BAZALGUES avec leur toponymie lotoise (éditions de la Bouriane et du Quercy)

- Bénédicte et Jean-Jacques FENIE auteurs d’une toponymie occitane (éditions du Sud-Ouest, épuisé) [avec en couverture un extrait de la carte de Cassini (XVIII° siècle) centré sur Boussac-Corn-Ste Eulalie et annoncé comme «partie du causse aveyronnais»]

 

Mais si cela vous dit, il est plus rapide d’enfourcher votre VTT et de rejoindre le groupe figeacois de cueilleurs de sentiers chaque semaine; réservons aux périodes de gros mauvais temps le loisir de plonger dans les méandres de rêveries cartographico-linguistiques.

 

A bientôt, je vais finir ma bouteille de cidre (breton!) avant de plonger dans mes comptes de Noël.

Yves pas encore pompet.







CLUB ALPIN FRANCAIS DE FIGEAC
OIS - MAISON DES SPORTS
RUE DE LA PINTRE
46100  FIGEAC
Contactez-nous
Tél. 06.89.53.65.24
Permanences :
mardi jeudi 18:30-21:00
Agenda